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Instant Vintage: Interview exclusive de l’ex staff de Socojou

Aujourd’hui c’est un Instant Vintage un peu particulier que nous vous proposons avec une interview exclusive pour notre magazine de Dominique Becouarn qui travaillait chez Socojou dans les années 80 avec son mari, Robert Becouarn. Dominique vient nous parler de l’organisation de la société, des jouets, de la conception des catalogues, des rapports avec les grandes marques de l’époque…

 

socojou

 

 

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Logo Socojou

Socojou était une coopérative qui regroupait des grossistes du jouet dans le Nord de la France. La Société Coopérative du Jouet avait donc pour mission de recevoir des quantités de jouets importantes, de les centraliser pour ensuite les redistribuer à des revendeurs via des catalogues produits permettant de choisir les articles disponibles. Autant dire que dans les années 80 avec l’explosion de la publicité et des dessins animés les stocks et les gammes affluaient dans les entrepôts. Dominique vient nous parler de cet univers fascinant qui est l’envers du décor des magasins de jouets traditionnels que nous avions connus enfants…

Vous trouverez tout au long de l’article des visuels issus des catalogues Socojou élaborés, entre autres, par Dominique au fil des années. Un beau cadeau qu’elle nous fait et ce spécialement pour votre magazine ToyzMag.

 

Extrait catalogue Socojou

Extrait catalogue Socojou

 

 

ToyzMag: Bonjour Dominique, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?

Dominique: Bonjour à tous, je suis Dominique, retraitée et mamie épanouie. J’habite en Bretagne, terre chère à mon cœur. Je travaillais avec mon mari, Robert, chez Socojou dans les années 80 et 90. Je préparais essentiellement les commandes, de la réception des produits jusqu’à la livraison, autant dire que je passais 70% de mon temps dans les cartons! Mon mari était responsable de l’entreprise jusqu’en 2001, il gérait également les achats et recevait les commerciaux des différentes marques auxquelles nous achetions les jouets.

 

Extrait catalogue Socojou (2)

Extrait catalogue Socojou (2)

 

 

ToyzMag: En quoi consistait votre activité au quotidien dans l’entreprise ? Comment était-elle agencée et organisée?

Dominique: Nous étions grossistes en jouets. Mon mari était déjà dans ce secteur d’activité depuis 1976 en Normandie. L’activité chez Socojou commença en 1982, nous étions alors 10 grossistes réunis dans la coopérative. Il y avait en tout 3 à 4 groupements de grossistes en France à cette date. Nous travaillions dans un très grand entrepôt de 3 500 m². Les marchandises étaient réceptionnées sur des palettes et placées dans des racks montant jusqu’à trois niveaux. Nous avions également une salle d’expo pour le comité d’entreprise ainsi qu’une surface de vente en gros pour les détaillants, les associations etc…

L’activité principale était l’achat en gros des marchandises (jouets). Pour ce faire, nous achetions en Europe (Espagne, France, Allemagne et Italie) mais également en Chine. Ensuite il y avait la préparation des commandes qui était le second poste important. Celles – ci étaient faites pour les détaillants, les hyper et supermarchés, les comités d’entreprises etc… Notre activité était la plus importante en fin d’année avec 75% du chiffre d’affaire effectué entre octobre et décembre. Les commandes étaient passées très tôt, parfois nous commencions à être livrés fin décembre pour l’année suivante… Des ajustements devaient être fait sur les catalogues pour la sélection définitive.

 

Extrait catalogue Socojou (3)

Extrait catalogue Socojou (3)

 

 

ToyzMag: Vous proposiez vos jouets aux détaillants via des catalogues. Comment étaient-ils créés ?

Dominique: Nous avions deux catalogues : le Permanent avec les petits jouets et une partie été ainsi que celui de Noël pour les détaillants et les comités d’entreprises. Pour le catalogue de Noël, nous étions répartis en commissions avec une partie précise pour chacune d’elles (8 à 10 pages de catalogue). Pour ma part je m’occupais de la partie poupées et accessoires (landaus, couffins, poussettes etc…). La première partie consistait en la sélection d’échantillons sur les salons réservés aux professionnels: le salon de Paris en janvier (chaque année), celui de Milan/Nuremberg également tous les ans et enfin la visite chez les fabricants en Espagne en novembre (pas tous les ans pour moi car j’avais énormément de travail). Tous les échantillons arrivaient chez un collègue grossiste après avoir été retenus sur les salons pour la sélection définitive.

Ensuite il y avait l’élaboration du catalogue: nous commencions par définir le nombre de pages en fonction des produits qui y seront présentés et ainsi calculer le coût global de sa production (imprimerie, papier etc…). Nous choisissions les produits « classiques », mais les produits d’actualités étaient plutôt sélectionnés par les fournisseurs : Mattel, Kenner et Hasbro imposaient à plus de 80% leurs choix pour les catalogues…

Nous proposions maximum 10 produits par page avec des gammes de prix différentes, des gammes garçons et filles, des marques différentes. Une fois le choix des produits terminé, le catalogue était maquetté par un spécialiste: chaque jouet était croqué à l’échelle et en fonction de la page choisie). Puis l’étape photographie, jouet par jouet, jusqu’à la mise en page. Les catalogues sortaient fin avril, début mai, pour le Noël de l’année en cours.

 

Extrait catalogue Socojou (4)

Extrait catalogue Socojou (4)

 

 

ToyzMag: Quelles étaient les gammes que vous vendiez dans les années 80? Lesquelles ont bien marché et pourquoi ? Quels étaient vos rapports avec les grandes marques? (Kenner, Mattel, etc.)

Dominique: Je voyais surtout les jouets lors de la conception des catalogues et dans les salles d’expo. Quand je suis arrivée dans le jouet en 1982, il manquait toujours des Kiki et des vêtements pour Barbie. Nous manquions également de Playmobil, je me souviens d’un château très demandé. Mais ce n’était rien comparé à la suite… Chaque année les gammes déferlaient : par exemple les Maitres de l’Univers où nous devions tout avoir. Le problème était que les commandes étaient passées un an à l’avance et qu’il y avait toujours des modèles manquants ou en trop à la date de distribution. Je soupçonne d’ailleurs les fournisseurs (Mattel) d’orchestrer cela !

Je me souviens que chez les gros fournisseurs il y avait un peu une « guerre » concernant les produits Bisounours et Popples. Pour moi toutes les gammes ont bien marché dans l’ensemble avec certains produits qui se sont cependant un peu moins bien vendus. Les rapports avec les commerciaux des grands fournisseurs étaient bons, bien entendu. Nous ne rencontrions jamais les gens au-dessus. Je me souviens que Mattel invitait ses clients dans des grandes soirées cabarets ou bien dans des séjours à Monaco

Au fur et à mesure les grossistes ont moins pesés avec le temps. Il en reste très peu aujourd’hui, au même titre que les détaillants qui ont quasiment tous disparus. Ils restent les hypermarchés qui distribuent du jouet et quelques supermarchés avec les Toys’r’us aussi. Une époque est passée…

 

Extrait catalogue Socojou (5)

Extrait catalogue Socojou (5)

 

 

ToyzMag: Quels rapports aviez – vous aux jouets lorsque vous étiez enfant? Quels souvenirs en gardez-vous?

Dominique: Les jouets de mon enfance… ça remonte à longtemps… Je suis issue d’un milieu modeste, je me souviens de mon landau avec sa poupée, d’un ensemble de mobiliers pour poupée en bois, de mon nain jaune… Ensuite, comme je ne croyais plus au Père Noël, les cadeaux n’étaient plus utiles à cette période puis la folie des jouets n’était pas encore là. Dans les rues, à la campagne, nous jouions au cerceau, à la marelle, au ballon, à la corde à sauter, à la balle à jongler… et nous n’en demandions pas plus!

 

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Un remerciement tout particulier à Dominique pour sa gentillesse, sa patience, sa générosité. Elle est avec son mari, Robert, une mémoire de ces années passées ou les jouets passaient par leur entrepôt. La coopérative c’est le partage, une valeur qui disparaît petit à petit de nos jours. Merci Dominique, merci Robert Becouarn

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 Responses à " Instant Vintage: Interview exclusive de l’ex staff de Socojou "

  1. KissFan dit :

    Une interview de professionnels d’époque: témoignage exceptionnel 😀 Merci de faire partager!!!

    • Nicko dit :

      Merci beaucoup Pascal :)

      Cela me semblait normal, après la rencontre de Dominique, de vous faire partager à tous ces petits détails et anecdotes mais également de mettre à l’honneur ces personnes qui ont vécus l’envers du décor de nos années riches en jouets.

      Il est amusant dans l’interview de voir à travers les mots de Dominique le poids qu’avait la gamme de jouets des Maitres de l’Univers; elle en parle sans réellement là connaître comme nous la connaissons mais en sous entendant le sacerdoce pour se procurer tous les jouets de la gamme à la vue du succès de celle – ci: « Nous devions tout avoir ».

      Egalement le géant Mattel qui invitait ses clients dans des lieux et soirées luxueuses… Tout un univers qu’il est vraiment intéressant de découvrir pour les passionnés que nous sommes. Un très grand merci à Dominique encore!

  2. Eric dit :

    Les témoignages des professionels du jouet des années 80 sont toujours intéressants pour les collectionneurs vintage. Merci pour celui-ci.

  3. Fansolo dit :

    Alors là franchement Nicko : BRAVO. C’est à la fois un fantastique témoignage et une belle (re)découverte de l’envers du décor de nos jouets ! 1000 mercis à toi et Dominique pour ce passionnant témoignage !

  4. Fansolo dit :

    Nicko, je t’ai envoyé un mail 😉

    • Nicko dit :

      Répondu Antoine 😉

      Je vais demander le scan issu du Permanent 83 qui t’intéresse :) Ca va te couter des slips Han Solo et Dark Vador çà…

  5. Dokho88 dit :

    j’en ai les larmes aux yeux.
    Mon père était au CE dans son entreprise et me ramenez toujours le catalogue pour me montrer les jouets des prochains noel; et parfois si j’étais sage il me rapportais un cadeau. ( je me rappelle de mon premier talkie walkie et sourtout Omega Supreme)

    • Nicko dit :

      Merci Nico pour ta lecture 😉

      Très heureux que cette émotion t’es rappelé de bons souvenirs :) Beaucoup de nostalgie dans cet interview…

  6. sith dit :

    Super nicko ! merci pour cette découverte et l’interview!Imagine si on avait été les enfants de ces spécialistes du jouet !!
    j’adore la page où l’on voit le shockwave en version grise ou encore le macross/transformer appelé simplement « robot action » (si je lis bien…)et tout ça, sous les yeux de la relève 86 : MASK ! merci Nicko, du grand art !

    • Nicko dit :

      Merci à toi Chris pour ta lecture et tes gentils messages :)

      Effectivement de beaux jouets reflétant bien les années 80! Il est essentiel pour moi dans la collection, et globalement dans ma manière de vivre au quotidien, de toujours garder à l’esprit les valeurs de Partage, de Solidarité et d’Entraide. Il est donc normal et naturel pour ma part de faire le maximum pour apporter le plus possible aux gens qui m’entourent dans la collection et qui le méritent :) Merci encore à toi.

  7. guillaume dit :

    merci infiniment cher Nicko pour cette interview magique!! ça a été un plaisir immense de la lire et d’admirer toutes ces superbes pages de catalogues! ce genre de témoignages fait vraiment partie intégrante de notre passion commune à tous ici et ils sont de véritables trésors :) ces explications sur l’envers du décor sont passionnantes!! vraiment, chapeau bas pour avoir réussit à nous offrir cela, ainsi qu’un beau message de solidarité en période de fêtes, j’approuve à 200% !! merci cher Nicko, et passe de très bonnes fêtes :)

    • Nicko dit :

      Merci beaucoup Guillaume pour ta lecture assidue et tes messages toujours aussi encourageants :)

      J’espère pouvoir vous proposer encore d’autres témoignages comme celui – ci pour bientôt 😉 De très bonnes fêtes à toi également ainsi qu’à tous! :)

  8. dominique dit :

    Très heureuse que Nicolas vous fasse un peu rêver à quelques jours de Noël !
    Tous ces jouets que j’ai côtoyé en palettes complètes font maintenant le plaisir de vous « les collectionneurs » du monde entier.
    Les derniers véhicules silverhawks mis en vente sont partis au PEROU !!!

    Amitiés Nicolas et bonnes fêtes à tous







































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