Critique du livre « Collector » d’Olivier Bonnard : quel pied !

Un roman qui parlerait de nos passions : les collections de jouets (vintage tant qu’à faire), la nostalgie des années 1980, les geeks et même les voyages temporels ? Vous en rêviez ? Dans Collector,  Olivier Bonnard l’a fait, et brillamment en plus !

Retour sur un livre épatant, très bien écrit, dévoré en un week end, qui devrait marquer l’année 2016 (et peut-être créer un genre qui sait ?) : Collector, chez Acte Sud.

Sans dévoiler toute l’intrigue, disons-le tout net : ce bouquin comblera les fans que vous êtes, surtout si vous êtes lecteur de Toyzmag, adepte des forums comme Collect’All ou la malle aux jouets ! Car l’auteur mes amis est un des nôtres ! Olivier Bonnard s’est en effet non seulement plié à notre cultissime RDV du collectionneur (à lire ici pour les retardataires et ceux qui ont la flemme de chercher) mais, journaliste et écrivain, il est comme nous : il aime le toys, il arpente les sites que nous arpentons et il écrit (remarquablement bien) sur sa passion ! Collector est certes un roman mais on devine la pâte autobiographique à dosage tout sauf homéopathique : dosage qui doit être à peu près dans les mêmes proportions que ce qu’Olivier se versait gamin en Nesquik dans son lait froid !

D’ailleurs vous (re)trouverez inévitablement au fil des pages de vieilles connaissances – à peine déguisées : ici ce diable de Sébastien Carletti, et son téléviseur magique, là ces incontournables boutiques parisiennes aux vendeurs parfois patibulaires (mais presque) où tous les jouets mythiques transitent ou ont transité. Tous ces clins d’oeil font un bien fou ! On retrouve derrière certaines descriptions des visages familiers, ce qui est trsè plaisant : ce copain d’enfance avec lequel on a partagé plus que des jouets, ces crétins analphabètes qui nous gonflent sur internet (quand ils ne nous insultent ou ne nous harcèlent). Et puis surtout toutes ces femmes -nos femmes, qui ne comprennent rien à ces univers (ou qui ont tout et très -trop, bien compris, en fait…).

Les arcanes de l’activité du Toyhunter

Disons-le aussi d’emblée : on a trouvé la première moitié du livre bien plus palpitante que la suite. C’est sans doute voulu par l’auteur mais la trépidante aventure de 2007 (2.007 ?) est savamment construite sur un rythme fou et ce rythme s’essouffle un peu par la suite. Nous n’en dirons pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Sachez toutefois que la description d’une époque particulière semble volontairement « light » et manquant d’emphase. L’auteur n’en fait pas des tonnes sur le passé idéalisé et cela pourra paradoxalement surprendre vu le thème du livre… On est plus proche de la sobriété de « Camille redouble » que du faste de « Retour vers le futur ». Mais peut-être qu’Olivier Bonnard a déjà pensé à une adaptation ciné (son ouvrage s’y prêterait bien) et/ou à une suite, qui sait ?

Ne croyez pas malgré tout que ce roman ne s’adresserait uniquement qu’au (nostal)geek, « no life » et autres reclus : Bonnard sait habilement capter un lectorat potentiel totalement novice aux arcanes de l’activité du « Toyhunter » à travers de multiples réflexions sur le temps qui passe, la famille, la vie la mort habilement distillé tout au long de l’aventure humaine, géographique et temporelle, qu’il dépeint savamment. Tel un Spielberg de papier qui aurait revu E.T., la thématique de la séparation hante aussi ses pages. Le parcours est vertigineux. La leçon, magistrale.

Pour l’inconditionnel des jouets que vous êtes, ne croyez pas non plus que vous serez de bout en bout en terrain conquis, bien au contraire ! L’auteur parvient en effet à apprendre aux spécialistes quelques informations loin du cliché : le jouet le plus rare n’est pas forcément celui qu’on croit, sexe (il y en a beaucoup !) et collectionnite ne sont pas nécessairement incompatibles et toute addiction n’est pas obligatoirement si addictive  que ça finalement, quoi que… Surtout, en fan absolu de « BTTF », Bonnard parvient à revisiter la trilogie culte en nous invitant à une relecture humble et « made in France » de ses multiples thèmes et sens cachés… Sans jamais oublier que nos jouets restent des viatiques vers nos souvenirs, les objets s’effacent lentement pour laisser place à l’humain après tout, tel une chanson éponyme de Daft Punk.

Passion communicative pour les jouets mythiques

La recherche du Graal, la quête absolue de la boîte française ? Tout est là, à lire avec délectation. D’ailleurs, le fil du récit est ponctué de respirations aussi subtiles qu’étonnantes : la police de caractère change pour laisser la place à des articles journalistiques sur des jouets emblématiques : Mightor, Goldorak, Maskatron (oui, c’est bien son visage familier sur la couverture), X-Or ou Les Maîtres de l’Univers (et leur « yellow border »)… On sent qu’Olivier Bonard s’y connaît et sa passion est étonnamment communicative : on s’est surpris à interrompre la lecture plusieurs fois pour aller rechercher des visuels sur le net des détails sur ce que l’on lisait… Et manquer de tomber de sa chaise en découvrant certains jouets, certains prix… On a même cherché nous-même ce qui n’existait pas voire carrément placé quelques enchères sur ce qui nous semblait abordable : l’effet Bonnard 100% contagieux ! Ebay peut remercier l’auteur, tiens ! Et puis, ce n’est pas le moindre des paradoxes, on s’est rendu compte avec lui que les années 1980 sont presque plus tangibles maintenant que lorsqu’on les vivait réellement, vous suivez ?

Les hommages et les allusions aux grands moments de nos enfances pleuvent : Retour vers le futur bien sûr, mais aussi le cinéma des années 1980, la télé et ses moments magiques. Vous retrouverez tout cela naturellement mais pas seulement : curieusement en refermant les pages, c’est beaucoup à l’année 2007 que l’on pense. Déjà neuf ans et une reconstitution bien ficelée et conçue. Il est vrai que Facebook et Le Bon coin (tous deux tout jeune en France cette année-là) n’avaient pas (encore) envahi nos vies, contrairement à Ebay déjà omniprésent. Qu’est-ce que cela change ? Énormément de choses en fait, et la lecture du livre nous en fait prendre conscience : certains prix, certaines facilités ou nouvelles difficultés sont apparues depuis… A noter d’ailleurs un petit paradoxe spatio-temporel à propos d’une exposition de jouets Star Wars au musée des Arts Décoratifs mais ce détail ajoute du charme  et de la magie à la scène qui s’y déroule. Après avoir lu Collector, vous réaliserez bien vite que vous laisserez la DeLorean aux américains et que, dans vous rêves, vous ferez désormais tous vos déplacement avec ArkAngel !

Au final, un livre génial, une histoire jubilatoire et une lecture fantastique assortie de la toute petite frustration qui va bien à la dernière page, quand on a une idée de rebondissement à laquelle on pense concernant un personnage et qui ne vient pas. On se dit que ce sera pour le prochain Bonnard : on sera au rendez-vous pour le dévorer dès sa sortie ! Nom de Zeus !

collector olivier bonnard

Collector d’Olivier Bonard est publié chez Acte Sud

316 pages, 21,80€ (143 Francs environ pour ceux qui parviendront à l’acheter au bon endroit, au bon moment)

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14 Responses à " Critique du livre « Collector » d’Olivier Bonnard : quel pied ! "

  1. Greg dit :

    Une bonne idée cadeau pour la fête des pères. 😉

  2. ayorsaint dit :

    Merci pour cet article qui change.
    De retour fansolo? Ça faisait un pti moment si je ne me trompe

  3. Wow! Un grand merci pour cet article très complet, Fansolo. Heureux d’avoir pu t’embarquer dans ma petite machine à remonter le temps 😀

    Très intrigué par la chute du papier, et hâte que tu m’en dises plus sur cette idée de rebondissement..

    Vintage forever! 😉

  4. guillaume dit :

    Et bien cher Fansolo, c’est plus qu’une critique littéraire, c’est un cri d’amour que tu nous scande aux yeux 😉 et j’avoue que ton enthousiasme est communicatif, prochain passage en Fnac en fin de semaine, et j’aurai de quoi dévorer ce week-end! Ton super retour sur l’ouvrage m’a convaincu :) (bien vue la remarque sur le prix en francs!)

  5. ArkeoToys dit :

    Très bon article pour un livre que j’ai littéralement dévoré en 24h!
    Et je partage les mêmes questionnements que ce cher Fansolo sur cet ultime rebondissement :p
    Suis je le seul à avoir eu un doute sur l’existence d’ArkAngel ? ^^

  6. cazy caze dit :

    Je viens de finir le livre que j’ai acheté Lundi .
    Un vrai plaisir à lire , entre fiction et vécu , excellent livre que je recommande !

  7. pegase137 dit :

    Je viens de terminer le livre !
    L’article est tout aussi bon que le bouquin.
    Un vrai régal !!

    Au fil de la lecture, j’étais étonné que personne sur ToyzMag n’est plus publié un article sur ce roman..
    Je me connecte tous les jours et j’étais tout simplement passé à côté ^^
    Heureusement qu’une radio a eu la bonne idée de présenter le livre suivi d’un petit quizz musical !

    ENORME merci à l’auteur pour cette plongée dans notre enfance où se mêlent souvenirs de moments vraiment vécus, fantasmes de moments que j’aurai ou j’aimerai vivre… Bref, le pied !!
    Et oui.. on attend une suite !!!

    • Je découvre tardivement ton com, Pégase, et t’en remercie chaleureusement.

      La chronique dont tu parles, sur Europe 1, était effectivement très sympa, et vivante, avec ce mini blind-test à la fin..

      La suite des aventures de Thomas Strang? J’y travaille… 😉

  8. J’ai été agréablement surpris par ce livre, j’avais peur des clichés mais il n’en n’est rien. Ce livre m’a fait rever, pleurer de nostalgie et parfois rire aux éclats par les réparties du héro.
    Je viens de découvrir un auteur et je vais me commander son livre précédent (Vilaine fille)

    • Merci pour ton message, Christophe! Rêver, pleurer, rire: que demander de plus à un lecteur? 😀 J’espère que « Vilaine fille, dans un genre très différent (quoique..) te plaira tout autant.



































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