Les héroïnes prennent le pouvoir !

Malgré les catalogues intelligents du groupe de distribution U et les campagnes du type « Let toys be toys« , les héros positifs féminins sont rares quand on essaie de sortir des stéréotypes habituels. Dans les rayons de jouets comme au cinéma ou à la télévision, les stéréotypes de genre ont la vie dure.

Pourtant on assiste à une évolution, qui prend paradoxalement son essor au cœur de l’usine à princesses rose-bonbon, dans l’empire Disney.

Une galaxie lointaine, très lointaine qui se féminise

Après Rey, Jyn Erso s’annonce donc comme la nouvelle héroïne de l’univers Star Wars. Les deux personnages sont très différents par leur backstory (supposée ou vérifiée) autant que par l’impact relatif qu’ils auront sur la saga : Rey est là pour rester, Jyn fera un petit tour et s’en ira, tout au plus la retrouvera-t-on probablement dans les publications de type romans, comics et jeux vidéo. Le New York Times ne s’y pas trompé et consacre un article complet aux nouvelles héroïnes de l’univers (étendu) Star Wars.

Deux films Star Wars de suite (trois si l’on compte l’Episode VIII qui sortira l’an prochain) proposeront donc des jeunes femmes comme personnage principal. Alors que Leia se sentait un peu seule en 1977 (et jusqu’en 1983, on ne peut pas dire que Mon Mothma ait été un personnage particulièrement marquant) et Padme n’a pas du tout été à la hauteur de ce point de vue, se cantonnant le plus souvent à pondérer la fougue masculine quand elle ne servait pas tout simplement de « demoiselle en détresse », Lucasfilm, sous contrôle de TWDC, aligne les héroïnes positives et on peut espérer que les carnavals de 2017 verront apparaître autant de petites Jyn Erso qu’on a eu de Rey en 2016 !

Malgré une distribution erratique des jouets Rogue One, on voit déjà que Hasbro et Disney ont adopté une attitude offensive autour du personnage de Jyn Erso. Elle est centrale dans les bandes-annonces du film et dans les rayons de jouets !

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Après des années à s’entendre dire que les figurines de personnages féminins ne se vendent pas, cela fait du bien et ouvre aux petites filles tout un pan de l’imaginaire collectif dont elles pouvaient légitimement se sentir exclues jusque là.

D’ailleurs, conscients de l’évolution notable que représentait les produits dérivés de l’Episode VII, nous n’avions pas participé à la pseudo-polémique autour de la campagne  #WhereIsRey sur Twitter, car elle nous avait semblé très artificielle à l’époque (lire notre édito d’alors : Rey et les garçons).

Autre média concerné par l’évolution, la série Star Wars Rebels (et avant elle, et dans une moindre mesure, The Clone Wars) : l’équipage du Ghost comporte des personnages féminins très forts. Ainsi les qualités de pilotage et de mécanique d’Hera dépassent celles des hommes, Ahsoka est largement plus puissantes que Kanan et Ezra, Sabine apporte de la créativité et de l’expérience dans de nombreux domaines : explosifs, procédures impériales… Bref c’est l’ensemble de la galaxie qui se féminise, une nouveauté que certaines icônes de la Pop Culture intègrent plus ou moins bien.

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Des super-héroïnes à la traîne

Chez DC, le problème est de taille… En 2016, par exemple la Harley Quinn de Suicide Squad ne peut décemment pas passer pour une héroïne et même pas pour une anti-héroïne, ce qui la disqualifie n’est pas son activité criminelle – Robin des bois est bien un héros – mais la dimension affective de son personnage prisonnier d’une relation asymétrique avec un conjoint abusif, cruel et violent, le Joker. On est loin, très loin au final du personnage créé par Bruce Timm et Paul Dini pour la série animée Batman. Aperçue dans Batman V Superman, l’aube de la justice, la nouvelle version de Wonder Woman s’annonce plus prometteuse et capable d’insuffler quelque chose de nouveau et de positif.

Bien sûr, les films DC/Warner sont bien trop matures et sombres pour être être le véhicule de modèles féminins forts, alors il faut se pencher sur le dessin-animé (et les jouets) du moment : DC Superhero Girls. Le pitch est intéressant les personnages féminins de DC Comics se retrouvent à l’adolescence pour des aventures très animées. Cela permet de distribuer des figurines 15 cm (magnifiques) et des poupées 30 cm des dites super-héroïnes, de sortir des sempiternels poneys et princesses, mais –  car il y a un mais – pourquoi enfermer l’imaginaire des fillettes dans un milieu scolaire, ici le lycée Super Hero High ? Il y a là quelque chose qui nous échappe et qui tient certainement plus du marketing que de la libération de l’imaginaire, après Monster High, Ever After High…

Chez Marvel les comics se féminisent à fond : Thor, Iron Man, Hawkeye, voire l’arrivée d’une nouvelle Miss Marvel. Au ciné, sans parler du prochain film sur Carol Danvers, les films tout public sont plus nombreux chez Marvel Studios que chez DC/Warner, mais ils donnent pour l’instant à voir un nombre limité d’héroïnes. Outre la très populaire Black Widow (Scarlett Johansson), dont le cran et le rôle  d’espionne semi-rebelle permettent de dépasser les premières impressions d’une promo un brin misogyne (c’est quoi ces poses sur les affiches des films Avengers ?!!), la nouvelle vengeuse mutante Scarlet Witch (la sorcière rouge, Wanda Maximoff jouée par Elizabeth Olsen) incarne. Saluons l’évolution notable de personnages secondaires comme Pepper Potts (secrétaire devenue super PDG de Stark Industries et même sauvant la vie d’Iron Man), Maria Hill, Peggy Carter et sa nièce l’Agent 13.

 

Au final l’héroïne Marvel la plus surprenante est celle que les enfants ne verront jamais : Jessica Jones. Anti-héroïne parfaite dans la série TV Netflix, alcoolique, sarcastique, le personnage incarné par Krystenn Ritter surmonte ses peurs les plus intenses, confronte son bourreau (un ancien compagnon manipulateur pervers narcissique) et en sort vainqueur. Si ça c’est pas du positif !

 

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11 Responses à " Les héroïnes prennent le pouvoir ! "

  1. Matsu dit :

    De mon point de vue les héroïnes sont quand même très présentes ces dernières années, c’est vraiment très (trop?) tendance au ciné dans pas mal de grosses productions.
    Hunger Games, Divergente, The Mortal Instruments, La cinquième Vague, Lucy, Star Wars (VII et Rogue One donc) dernièrement les Ghostbusters au féminin, bientôt Wonder Woman et j’en passe… Bref les exemples ne manquent pas.

    Par contre c’est vrai qu’au rayon jouet on ne retrouve pas cet engouement pour le « girl power », on sent que c’est encore bien frileux du coté des marques.
    Même chez Tamashii Nations et Medicom, il aura fallu attendre une année après la sortie de SW:TFA pour apercevoir Rey (pourtant personnage principal du film) en Figuarts ou en Mafex.

    • Tyler dit :

      Je rejoins l’avis de Matsu, ces dernières années il n’y a pas que Disney/Star Wars/Marvel qui a mis les femmes en avant, on le voit de plus en plus et c’est tant mieux pour les petites filles qui ne sont plus obligées de s’identifier uniquement à des princesses qui doivent être sauvées par des princes.
      Chez DC on peut aussi parler du lancement de la série Supergirl par exemple.
      Et encore une fois d’accord avec Matsu, malgré tout cet engouement cinématographique pour les femmes au cœur de l’histoire (Twilight ?) les rayons de jouets pour filles restent désespérément remplis de Barbie, Petits-Poney et autres Pet Shop (notez que je ne critique pas ces gammes, juste que l’on pourrait diversifier un peu plus).
      Quoi qu’il en soit bravo Blaster pour et édito bien pensé et encore plus à Toyzmag de ne pas avoir pris partit lors de la polémique comment ça Rey n’est pas dans le Monopoly Star Wars ?

  2. Pedrolito dit :

    Pas grand chose à dire.

    Ce commentaire juste pour féliciter l’auteur de cet édito.

    (espérons que la manif pour tous et pseudopodes ne passent pas dans le coin. Avec leurs délires sur la théorie du genre, pas sûr qu’ils apprécient… :) )

  3. ayorsaint dit :

    Et le mieux dans tout ça c’est que même les petits garçons s’identifient à des femmes en voyant sw7. Qui l’eut cru et prédit il y a encore 2 ans.

  4. Eric dit :

    Heureusement, Trump va changer tout ça!

  5. mindmaster dit :

    Merci Blaster pour ce bel édito, qui rappelle certaines choses bienvenues. Au rang des héroïnes fortes, qui développent une vraie individualité, on aurait pu également citer April O’Neil (version 2012), Macy dans Nexo Knight, Ruby dans Super 4 ou la fille des Ninjago, preuve que le mouvement s’étend.

    Ceci étant, c’est vrai que certains stéréotypes agaçants ont la vie dure, et se retrouvent même dans certaines des séries dont tu parles (DC Grils en l’occurrence). Je parle de « l’instinct grégaire » qu’on attribue souvent aux filles, par opposition aux garçons plus individualistes et capables de s’en sortir tout seuls. Attention: je sais qu’il y a des séries « pour garçon » mettant en scène des héros agissant en équipe (Ninjago, Tortues Ninja, Nexo Knight…). Mais on sent néanmoins que les différents persos ont une individualité plus grande, et pourraient éventuellement vivre des aventures en solo. Alors que les séries « pour filles « (MLP, Winx, LEGO Friends, DC Girls) les présentent toujours en groupe en mode « jamais sans mes copines », et montrent bien que les filles ont impérativement besoin du soutien et de l’affection de leurs camarades, car ce n’est que « toutes ensemble » qu’elles réussiront. Cette antienne m’énerve prodigieusement, surtout au sein des séries présentant soit-disant des héroïnes positives, car elle continue à faire passer le message qu’en réalité, les filles sont des créatures fragiles et vulnérables, incapables de s’en sortir seules. C’est bien plus pernicieux, et ça contribue à empêcher les filles de développer pleinement leur indépendance.

    Autrement, un autre effet positif de cette féminisation est une ouverture d’esprit à des genres qui étaient jusque-là « réservés ». Car je ne sais pas pour vous, mais quand j’étais ado il y a une vingtaine d’années, porter un T-shrit Star Wars était le meilleur moyen de se faire regarder bizarrement par les filles, qui n’avaient jamais vu les films, étaient même souvent réfractaires à la SF (voire à la Fantasy) en général, et qui ne comprenaient pas cet engouement étrange et puéril. Maintenant, on rencontre de plus en plus de filles portant elle-même des vêtements estampillés Star Wars, et qui sont même capables de disserter dessus comme de vraies fans (preuve que ce n’est pas par effet de mode qu’elles arborent ces tenues). Après les geeks, ce sont les geekettes qui sortent du bois et qui se dé-ringardisent. Et toutes ces références communes permettent de former autant de ponts entre des groupes jusque-là séparés, et favorisent d’autant la communication et la compréhension, ce qui est fortement bienvenu, surtout en ces temps de repli identitaire.

  6. Startaiger dit :

    La diversification des persos dans la pop-culture va bien au-delà du genre (homme/femme), ce sont toutes les « minorités » qui sont de plus en plus représentés: Afro-Americains, Asiatiques, Latinos, Gays & Lesbiennes,..
    C’est plutôt une bonne chose, tant que ça reste « crédible » (Heimdall dans les films Thor!!), & surtout, pas juste un « gimmick » (« Lui, il sera black parce que! » comme Matt Tracker dans les nouveaux comics M.A.S.K).

    • sith dit :

      Faut plaire à tout le monde…… Bien que j’ai un doute sur le fait que des noirs et des blancs en situation de grande pauvreté à Détroit aient l’occasion de lire le comics MASK.
      Je penche plutôt pour un « bon sentiment  » du micro cosme Hollywoodien à des années lumière de la réalité sociale de beaucoup d’Américains.
      D’ailleurs on attend toujours de ces 2 ex candidats une réponse à : « decent work for a decent pay ».
      On attendra longtemps.

  7. Dude dit :

    « Bien sûr, les films DC/Warner sont bien trop matures et sombres pour être être le véhicule de modèles féminins forts »

    C’est dommage, votre article est bien intentionné, mais c’est exactement dans cette formule que réside le problème. Quel que soient les efforts que l’on fasse, il reste toujours ce résidus d’idée que les femmes doivent évoluer dans des univers différents, de ceux des hommes. Plus légers, moins sombres, parfois complètement futiles (Dc Superhero girls).

    Par ailleurs, ça s’associe très bien avec un autre cliché qui m’agace :
    Sombre = mature. D’autres auraient envie de penser que plus sombre = plus ado, au mieux.

    J’aurais plutôt dit ça :

    « Bien sûr, les films DC/Warner sont bien trop Immatures et sombres pour être être le véhicule de modèles féminins forts[…] »

    Là ça marche.

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