Culture toys : vers une nouvelle consécration ?

ToyzMag vous a déjà abondamment parlé de la vente aux enchères qui s’est déroulée lundi 18 février à l’hôtel Drouot. L’étude Boisgirard-Antonini proposait 406 objets de collection des années 60 à 80 (voire un peu plus récents pour certaines pièces) tournant autour des jouets, de l’industrie du jouet et de la popculture. Nous vous avons déjà présenté le catalogue (en ligne ou version papier), les lots exposés le week-end précédant la vente et bien entendu la vente elle-même.

A la rédaction de ToyzMag, vous le savez, nous sommes fans de tous ces sujets aussi nous sommes-nous jetés sur la version papier du catalogue de l’exposition disponible, depuis lundi 4 février, à l’étude ou auprès de l’expert de la vente, Benoît Ramognino (Velvet Galerie) pour 40 euros. L’édition est limitée à 200 exemplaire numérotés ce qui en fait un bel objet de collection en soi.

Ce qui nous frappe le plus ces derniers temps c’est l’évolution de la perception qu’ont les médias mainstream, et la société en général, de notre hobby de collectionneurs. Une évolution dont nous avions pu prendre conscience dans l’interview de la conservatrice de la galerie des jouets au Musée des Arts décoratifs de Paris et que nous vous invitons à (re-)lire en cliquant ici.

Ainsi, après l’expo des jouets Star Wars au musée des Arts décoratifs (qui finit le 17 mars 2013, si vous n’y êtes pas encore allé, courrez-y !), le fait qu’une étude de commissaires-priseurs reconnue propose à Drouot (le temple français de la vente aux enchères) une sélection de pièces de collection tournant autour des jouets et de la pop culture (affiches de cinéma, art contemporain…) confirme la place qu’occupent désormais ces objets dans notre société ; les érigeant presque au rang d’œuvres d’art voire d’investissements ?

Le hasard faisant bien les choses, le nombre de pièces proposées lors de cette vente est sensiblement le même que celui des objets exposés aux Arts déco, mais le propos des deux événements diffère. D’un côté on souhaite montrer la complexité et l’intérêt presque scientifique d’une collection de jouets comprenant des raretés et illustrant les procédures de développement et de fabrication des jouets dans les années 70-80, de l’autre on offre au grand public une forme de débat sur la valeur de pièces légèrement différentes car à Drouot on a vu peu de prototypes et de moules de fabrication, plus des blisters plus ou moins rares de jouets.

On est donc à un moment crucial d’exposition médiatique du hobby.

Signe de l’intérêt pour cette forme de culture, La Gazette Drouot a consacré sa « couv » à la vente, mettant en scène deux figurines Star Wars 12″ dont un C-3PO Kenner. On se doute que dans le petit monde des enchères, cela a dû faire grincer des dents.

gazette drouot vente jouets 60-80

Maturité et collection

Tout cela contribue à faire sortir nos jouets de leur double carcan social qui voudrait les borner à être de simples produits de consommation de masse sans âme et ou des objets de collection surévalués pour nerds nostalgiques. Collectionneurs, nous assistons à une révolution de notre passion. Le jouet vaut tant pour sa valeur esthétique, sa valeur émotionnelle que pour l’instant de travail humain qu’il représente. Il est le produit d’une industrie qui a beaucoup évolué ces quarante dernières années notamment grâce à sa confrontation à celle du divertissement et de la culture. Le cinéma, les comics ont impacté autant le marketing que le produit fini. Ils ont changé sa finalité et le processus créatif.

Prenons l’exemple visionnaire de George Lucas et de sa Guerre des Etoiles, dont les conséquences sur les liens entre ces diverses industries sont plus que jamais d’actualité avec les rumeurs récurrentes, fin 2012, d’un rachat de Hasbro par The Walt Disney Company après que cette dernière eut absorbé Lucasfilm (lire notre analyse sur les conséquences du rachat de LFL par Disney).

Autre signe avant-coureur de cette tendance, le lancement de dessins-animés et de films couplés à des lignes de jouets et dont on ne sait si l’œuvre originale est le jouet ou le film. Le premier exemple qui vient à l’esprit est bien entendu G.I. Joe de Hasbro qui bénéficia à partir de 1982 d’un triple lancement (publicité TV, comics et jouets) avant de se voir adjoindre une série animée (lire notre article sur cet épisode), ou vers la même époque Les Maîtres de l’Univers de Mattel.

C’est un peu étrange cette entrée de nos collections dans une nouvelle phase, qu’on peut a priori qualifier de phase de maturité. C’est en tout cas un moment passionnant pour nous.

Le marché des jouets de collection après Drouot

La vente à Drouot aura aussi certainement un effet sur le marché des jouets de collection. Alors que  les prix s’envolent régulièrement, en fonction des modes et des coups de projecteurs médiatiques et que certains croient voir dans la collection un placement propre au financement d’une retraite, nous espérons que cette vente saura mettre un peu d’ordre dans ce marché. Sans régler la question de la rareté, et donc de la valeur, de biens industriels récents (lire notre article de 2011 sur quand les jouets deviennent-ils vintage ?), on peut s’attendre à une mise à plat de la cote de quelques pièces maîtresses. Fi des transactions ambigües des arrangements via ebay et des cotes imposées artificielles  – quand elles ne sont pas évaluées au doigt mouillé -, une vente aux enchères dans un cadre professionnel donne la mesure du marché et le caractère public assure un minimum de transparence sur la fixation du prix. D’ailleurs, hier à Drouot, certaines pièces n’ont pas trouvé preneur, d’autres sont parties pour moins cher que prévu et d’autres encore se sont envolées au-delà de l’estimation.

Pourtant tous les collectionneurs ne voient pas d’un bon oeil cette couverture médiatique. Le risque de voir les prix gonfler artificiellement du fait du soudain regain d’intérêt suscité par l’exposition cet automne et la vente est bien réel. La tension sur l’offre de jouets vintage devrait se faire sentir par l’accroissement de la demande et un phénomène spéculatif est à attendre.

A Toyzmag, on a pu voir effectivement déjà constater ce phénomène, mais il convient de le relativiser : comme il est encore possible aujourd’hui de faire de bonnes affaires dans l’art ou l’immobilier (c’est rare mais ça existe !), certains pourront toujours dénicher de belles pièces même si ce sera peut-être un peu plus dur qu’avant (voir notre article sur les jouets bootleg Star Wars UZAY)

On ne peut pas tout avoir ! La reconnaissance d’une véritable culture du jouet reste au final bénéfique pour tout le monde : on en veut pour preuve les rééditions et adaptations « modernes » d’anciens jouets (Star Wars, MOTU, mais aussi Dinky Toys ou autres) qui mettent presque à la portée de toutes les bourses des pièces rêvées ou fantasmées. Elles témoignent d’un véritable engouement au même titre que des rééditions de bandes dessinées ou des exhumations de vieux films sur supports high tech (Blu-ray).

Et puis ce n’est pas comme si notre hobby n’avait jamais connu la spéculation…

Investir dans les jouets ?

Le fait de s’interroger sur le potentiel spéculatif des jouets de collection n’est pas nouveau. C’était même un sujet traité dès 1991 dans le très sérieux magazine Sciences et Vie Economie.

On le voit à la lecture des scans ci-dessous, la question de la valeur du jouet de collection préoccupe depuis plusieurs décennies les collectionneurs.

 

On note toutefois une évolution intéressante notamment sur le segment des jouets Star Wars avec une explosion du nombre de collectionneurs MIB/MOC (mint in box, mint on card, c’est-à-dire neuf en boîte ou sur carte) y compris de jouets modernes. Cette tendance conduit à saturer le marché secondaire de jouets neufs en parfait état, mais dont la rareté ne suffira jamais à faire décoller la cote. Bien sûr il existe des exceptions, et de nombreux collectionneurs avisés, ou scalpeurs pour certains, ont l’œil pour repérer la pièce qui prendra de la valeur : erreur de production réelle, figurine à tirage réellement limité ou exclusives à certains événements importants comme la San Diego Comic Con. Un autre facteur de valeur peut-être la rareté artificiellement créée par les erreurs de distribution. Là encore Star Wars fournit un objet d’étude idéal. Certaines figurines ont littéralement disparu des rayons voire dans certaines régions n’y sont jamais apparues comme la première version de Wedge Antilles TVC, le Gamorrean Guard TVC. Toutefois avec leur ressortie probable ou effective dans d’autres waves TVC, ces figurines ont vu ou vont voir leur valeur sur le marché secondaire se corriger d’elle même. Ici, l’investissement spéculatif n’est que de courte durée. C’est d’ailleurs le cas en général avec ce type de jouets dont la production doit se chiffrer au minimum en dizaines de milliers d’exemplaires. Notons au passage qu’aucun fabricant ne diffuse ses chiffres de production réels, d’abord parce qu’ils ne souhaitent pas communiquer sur la rareté relative de leurs jouets (officiellement, ils fabriquent des jouets pour les enfants pas pour les collectionneurs), ensuite parce que la plupart du temps, il leur est impossible de connaître les quantités exactes de jouets sortis des lignes de production en Chine. On en veut pour preuve les quantités astronomiques de jouets Hasbro ou Mattel qui se retrouvent chaque jour sur ebay en Asie.

Chez ToyzMag, nous considérons qu’il est difficile de s’enrichir en collectionnant des jouets. Selon notre expérience, c’est même plutôt le contraire qui se produit. En écho à l’article de 1991 reproduit ci-dessus on sait bien qu’à la différence des collectionneurs d’art, les collectionneurs de jouets engloutissent une part substantielle de leurs revenus dans ces objets. et que l’espoir d’un retour sur investissement est souvent bien mince et qu’il n’y a guère de chances de voir sa retraite financée de la sorte.

Toyzmag remercie Daniel Rous pour ces scans d’articles. Daniel est désormais photographe, il a notamment réalisé toutes les illustrations du catalogue de la vente à Drouot. Plus d’info sur ses œuvres : www.danielrous.com.

Tags: ,

Commentaires fermés



































Copyright © 2011-2017 ToyzMag.com. All rights reserved. Les articles sont soumis au droit d'auteur. ToyzMag est une marque déposée
.