Dossier spécial : The End – Vocaloid Opera avec Miku Hatsune

Dans le cadre du tout premier opéra virtuel , ToyzMag vous propose un dossier spécial, sur ce Vocaloid Opera : The End qui se tiendra le 12, 13 et 15 novembre prochain au Théâtre du Châtelet à Paris.

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Vocaloid opera

Que pourrait être un opéra contemporain ? Est-il seulement imaginable sans interprète vivant ?

Le musicien Keiichiro Shibuya veut répondre à ces questions en expérimentant une voix créée par un logiciel. Hatsune Miku est une « vocaloïde », qui est à la chanteuse ce que l’humanoïde est à l’être humain. La musique utilise des sons de synthèse  d’instruments à cordes ou à vent classiques, mais aussi de la musique électro. L’œuvre est née d’une collaboration entre des acteurs de l’avant-garde : musicien, auteur et metteur en scène, vidéaste et membre d’un collectif d’architectes new-yorkais. « L’héroïne », habillée par Louis Vuitton, a acquis une notoriété telle que le nombre de visionnages de ses clips sur internet dépasse celui de Lady Gaga. Elle évolue au milieu de projections d’images incroyablement sophistiquées à partir desquelles le récit se construit : on trouve ici une trame dramatique, des arias, des récitatifs, tout comme dans un opéra traditionnel. À ceci près qu’aucun être humain n’est présent sur la scène : de ce dispositif naîtra un opéra futuriste inédit !

 

Le Mot de Jean-Luc Choplin – Directeur Général du Théâtre du Châtelet

Jean-Luc Choplin © Tom Volf

Jean-Luc Choplin © Tom Volf

Dans la vie d’un directeur de théâtre, il est rare d’être confronté à un projet aussi nouveau, aussi original et improbable que THE END. Lorsque Keiichiro Shibuya est venu à Paris pour me le présenter, je n’ai pas hésité une seconde : il fallait ouvrir grands les portes du Théâtre du Châtelet à une nouvelle ère, celle du spectacle 2.0. Lorsqu’une telle occasion s’offre à nous, il faut mettre en pratique cette formule de Marcel Duchamp qui me tient à coeur : « courant d’air, courant d’art ».

Hatsune Miku est en elle-même unecréature extraordinaire. Ceux qui ont pu assister à ses concerts ne diront pas le contraire. Mais le fait d’en faire la chanteuse et l’actrice principale d’une oeuvre dramatique qui la fait s’interroger sur sa véritable existence est absolument shakespearien. Nous sommes ici véritablement dans le climat de « To be or not to be ». Sa voix synthétique accomplit, grâce au talent de Keiichiro Shibuya, le miracle de nous toucher au plus profond du coeur.

La dimension très spatiale de la musique nous enveloppe complètement et nous entraîne dans une spirale dramatique et méditative. Est-ce le premier opéra virtuel ? Le premier oratorio virtuel ? Avec THE END, nous tenons peut-être le premier spectacle du troisième millénaire.

 

Le phénomène Hatsune Miku

D’après BijyutsuTechô, magazine d’art contemporain ( numéro de juin 2013 )

THE END - Vocaloid opera © ill, dir. by YKBX © Crypton Future Media, INC. www.piapro.net © Louis Vuitton

THE END – Vocaloid opera © ill, dir. by YKBX © Crypton Future Media, INC. www.piapro.net © Louis Vuitton

Qu’est-ce que le Vocaloid?

Le Vocaloid est un logiciel de synthèse vocale développé par Yamaha Corporation qui permet à l’utilisateur de synthétiser du chant en programmant des paroles et une mélodie. Le terme vocaloid est une contraction de « vocal » et « android »

Qui est Hatsune Miku ?

Hatsune Miku ( « premier son du futur » en japonais ) est une vocaloid ( banque de voix d’apparence humaine ), créée en 2007 par Crypton Future Media, à Sapporo. Avec sa couleur distinctive, elle a été d’emblée un énorme succès commercial. Surnommée la « Net-Age Diva », elle est présente dans quelque 1 200 000 vidéos circulant sur le net et elle est aussi utilisée pour un personnage du jeu vidéo populaire. Hatsune Miku est une jeune fille de 16 ans, pesant 42kg et mesurant 1m58.

Quelques faits

En 2007, Hatsune Miku est le 3e nom de célébrité le plus recherché sur Google Japon. Le logiciel s’est écoulé à plus de 81 000 exemplaires, un record dans le domaine.

En 2008, Crypton crée Karent, un site spécialisé dans la vente en ligne de musique de vocaloid. Le label rassemble 250 compositeurs et 3500 morceaux.

En 2011, Hatsune Miku commence à se produire en concert à l’étranger, et notamment à Los Angeles ( Nokia Theatre ), Singapour, Hong Kong, Taipei. En 2012, des compositions de Hatsune
Miku sont classées 2e et 9e des morceaux les plus demandés en karaoké (d’après un classement « Joy Sound » ).

En 2013, Hatsune Miku est représentée au Mori Museum de Tokyo ( aux côtés d’oeuvres d’artistes tels que Chagall, Yayoi Kusama, Jeff Koons ou encore Sophie Calle ) dans le cadre d’une expositionintitulée Love.

L’artiste plasticien Takashi Murakami utilise un morceau de Hatsune Miku dans son premier long-métrage ( Mememe no kurage ). Son atelier Poncotan réalise également le clip Livetune feat Hatsune Miku – Redial.

En février 2013, Crypton crée une chaîne Youtube dédiée à Hatsune Miku, qui atteint rapidement 126 000 adhérents. Le Facebook anglais de Miku ( destiné notamment aux fans hors Archipel ) compte à ce jour 1 300 000 mentions « Like ».

L’image de Hatsune Miku est utilisée dans les domaines privé ( TOYOTA, Sony, Sega ) et public : en 2010, avant le lancement d’ « Akatsuki », une sonde spatiale dont l’objectif est d’étudier la planète Vénus, JAXA ( Japan Aerospace Exploration Agency ) demande aux japonais ce qu’ils souhaitent y mettre pour envoyer dans l’univers. Plus de 10 000 personnes se mobilisent pour demander d’y envoyer Hatsune Miku. Des planches en aluminium représentant l’idole pop virtuelle sont chargées à bord d’Akatsuki.

Une icône virtuelle en Open Source

L’image de Hatsune Miku est en « Open  Source ». Dès lors que le personnage apparaît avec un certain nombre d’attributs ( couleur de cheveux, coiffure spécifique… ), les utilisateurs du vocaloid peuvent diffuser cette image en lui donnant le nom de «Hatsune Miku» ( dans un but non commercial ), et participer ainsi directement à la popularité du personnage virtuel. Ils contribuent également au développement de son image, à travers le « dressage » : terme signifiant que l’image et les fonctions du personnage se développent par la contribution des utilisateurs. La notion de dressage inclut également le fait de paramétrer l’élocution et la façon de chanter de Hatsune Miku. Grâce au site Piapro ( communauté rassemblant des créateurs de vocaloid créée par Crypton fin 2007 ), les 600 000 adhérents peuvent mettre en ligne leurs oeuvres libres de droits avec pour seule obligation de créditer leurs travaux. Un phénomène que Hiroyuki Itô ( représentant de Crypton Future Media ) résume ainsi : « Hatsune Miku vit grâce à ses créateurs. Son coeur bat à travers l’envie des êtres humains de développer leur créativité, mais aussi à travers l’envie qu’a le public de découvrir des nouveaux talents. »

Depuis la création de Hatsune Miku, de nombreux produits dérivés ont été conçus, dont un jeu vidéo, un manga, un roman, une figurine… exception faite d’un film d’animation officiel : Miku demeure ainsi une icône qui appartient avant tout à ses utilisateurs.

 

 

 

Entretien avec Keiichiro Shibuya – Musique – Conception – Mise en scène

Entretien réalisé par Aya Soejima

Keiichiro Shibuya © Kenshu Shintsubo

Keiichiro Shibuya © Kenshu Shintsubo

Avec THE END, quel genre d’opéra avez-vous voulu faire ?

Les musiciens, et plus particulièrement les compositeurs, ont tendance à se nourrir d’illusions. Ce qui est intéressant quand on crée en numérique comme ici, c’est que l’on peut concrétiser nos fantasmes ; ou plutôt, il y a des moments où on finit par les dépasser.

Dans tous les cas, je voulais rompre avec les opéras composés dans la seconde moitié du XXe siècle, qui sont avant tout conceptuels. Je voulais créer quelque chose que les enfants pourraient prendre plaisir à regarder, et qui en même temps serait tellement délirant que les adultes n’y comprendraient rien, mais seraient néanmoins profondément émus par certains de ses aspects. C’est pourquoi j’avais cette forte intention d’aller au-delà de l’imagination humaine. Je pense que les opéras composés après Alban Berg sont fondamentalement réservés à un nombre restreint d’auditeurs. En ce sens, l’opéra vidéo est un cas typique. Les spectateurs doivent interpréter l’histoire qui se déroule dans le cadre que constitue l’écran. Au final, la musique se limite à accompagner ce processus. Une fois établies les limites que constituent le contenu des images et le cadre de l’écran sur lequel elles sont projetées, la scène n’est rien de plus qu’un dispositif d’interprétation.

Mais ce biais-là ne permet pas d’accéder à l’inconscient des gens car ils finissent par être insensibles à la répétition des mêmes trucages et l’on perd leur attention. C’est pourquoi j’ai voulu faire un opéra qui, tout en dépassant une compréhension purement intellectuelle, comporte aussi une histoire ayant un certain degré d’abstraction.

Nous avons eu de nombreuses réactions du public du type : « c’était comme si nous étions restés longtemps sur des montagnes russes ». Je pense que c’est le signe de notre réussite. Après avoir été inondé d’informations tout en ayant eu une certaine latitude dans l’interprétation, le public japonais a eu pour réaction première d’échanger sur son interprétation du spectacle en général et de la fin en particulier.

Quelle image aviez-vous de Miku ? Pourquoi l’avoir choisie comme interprète, plutôt qu’un être humain ?

Il y a deux ans environ, lorsque j’ai entendu pour la première fois les morceaux en vogue de Miku, j’ai pensé que sa voix était intéressante, mais que l’oeuvre musicale était de mauvaise qualité. Mais comme je m’occupais alors de mon projet pour piano, je ne me suis pas engagé davantage. Lorsque j’ai réécouté Miku quelques temps après, j’ai été très surpris de voir combien le « dressage » des utilisateurs de vocaloid tout comme la qualité de l’accompagnement musical s’étaient améliorés.

Parallèlement, j’ai eu l’impression que l’ardeur avec laquelle on gravait sa musique expérimentale sur CD-R pour les vendre de manière indépendante, dans les domaines de l’art sonore et de la musique électronique entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, s’est reportée sur le partage en ligne de vidéos.

Les avis sont partagés au sujet de Hatsune Miku et du vocaloid, mais la qualité de l’accompagnement musical est clairement supérieure à celle de la pop japonaise ordinaire. Il me semble intéressant que, libérés par le vocaloid de la contrainte de devoir composer des airs que l’être humain peut chanter, des amateurs déploient leur créativité de manière débridée, alors même qu’ils n’ont aucune rétribution financière.

Avec le vocaloid, il n’y a pas de contrainte humaine du type « je ne peux pas chanter ça ». Du coup, cela produit des rythmes extrêmement rapides, ou encore irréguliers. Bien sûr, la qualité d’un morceau ne dépend pas de sa complexité, mais c’est tout de même un fait qu’en se libérant des contraintes vocales d’un chanteur humain, des possibilités pour une évolution d’un autre genre s’ouvrent.

Il paraît qu’au Japon, parmi les personnes qui travaillent sur ordinateur, comme les graphistes ou les programmateurs web, beaucoup choisissent Hatsune Miku comme musique de fond durant leur travail. Comme il n’y a pas de décalage dans les intervalles de son, ni dans le rythme, et comme aucune émotion superflue ne s’y immisce, cette musique permet certainement de travailler sans encombre. Dans la mesure où une certaine linéarité caractérise le vocaloid, la musique reste agréable même si on l’accélère ou la ralentit à l’extrême. Autrement dit, alors que Hatsune Miku a pour qualité fondamentale un certain minimalisme, les images que cela suscite sont maximales, sans limite.

THE END - Vocaloid opera © Kenshu Shintsubo, courtesy of Yamaguchi Center of Arts and Media [YCAM]

THE END – Vocaloid opera © Kenshu Shintsubo, courtesy of Yamaguchi Center of Arts and Media [YCAM]

Pourquoi avez-vous choisi le thème de la mort ?C’est un thème à l’extrême opposé de l’image de Hatsune Miku, positive et joyeuse.

La mort, la fin, sont devenues pour moi des thèmes majeurs depuis la disparition de ma femme Maria il y a cinq ans.  Il m’a fallu un an après sa mort pour composer l’album de piano solo formaria et ce fut un grand tournant pour moi qui m’étais consacré jusqu’alors à la musique électronique. THE END est un opéra qui a recours à la technologie sur toute sa durée, mais thématiquement il se situe dans le prolongement de for maria. Par ailleurs, tout juste après avoir terminé le lycée, mon père est mort d’un cancer. Quelques années  auparavant, lorsqu’il a pris conscience que ses jours étaient comptés, il m’a dit : « Choisis ta profession future ». Devenir musicien : c’est la conclusion que j’ai tirée entretien avec Keiichiro Shibuya de force à ce moment-là.

Et puis l’époque contemporaine est cernée par diverses « fins ». Le développement des technologies et des réseaux nous rapproche d’autant de la fin. On en a sans doute plus conscience quand on vit au Japon, après le problème de Fukushima et des centrales nucléaires. Mais je ne pense pas pour autant que ce problème soit propre au Japon.

Dans l’un des morceaux, Initiation, j’ai composé les paroles suivantes : Loin des yeux / Pourquoi y a-t-il un peu plus de mots / Comme toi ou moi, que nous ne pouvons employer. Avec la mort, ce sont les pronoms personnels tels que « toi » ou « moi » qui disparaissent, mais les noms propres qui appartiennent à chaque individu demeurent. Même après ma mort, il sera possible de parler de moi en disant « M. Shibuya » mais vous ne pourrez plus vous adresser à moi en disant « Toi ». Ce qui meurt vraiment, ce n’est pas le particulier, mais la relation.

Enfin, le fait que la communication échoue, que les mots ne soient pas entendus a engendré un autre thème. En même temps qu’ils laissent pressentir la mort, les problèmes de communication sont aussi une variation de la mort sans fin : c’est avec cette idée que j’ai avancé dans mon travail de composition.

Cette fois-ci, comment avez-vous envisagé la composition musicale ?

Fondamentalement, l’opéra est en lien étroit avec les formes musicales de son temps. Je pense que son intérêt est justement dans le fait qu’on peut y mettre des choses anciennes tout comme des choses nouvelles. C’est pourquoi il y a des parties très classiques, et je peux en même temps utiliser des techniques de musique contemporaine comme les clusters, même si ce n’est pas de façon très saisissable. Bien sûr, j’ai aussi intégré des éléments plus pop. Par exemple, ces dernières années, le cœur rythmique de la pop et de la dance est  progressivement passé de la batterie vers la basse : j’ai tenu compte de cela, et je me suis rapproché de la musique à dominante de basse. Pour un des arias, j’ai conçu la structure de telle sorte qu’il tienne presque exclusivement avec la basse et la voix. En quelque sorte, c’est proche de l’association de la basse continue et de la voix avant Bach, ou de la musique pour deux voix et luth, ou encore de la musique gothique. Avec ce style, même si on augmente le volume du chant, cela ne devient pas artificiel ou difforme.

Je me suis aussi référé à la déclamation d’œuvres telles que les poèmes sonores du poète surréaliste Ghérasim Luca. Cela a surtout influencé ma méthode dans des passages comme celui où les voix de l’Organisme et de Miku sont traduites simultanément en anglais et intégrées à la musique. Au fur et à mesure que les mots sont coupés et répétés en boucle, ils produisent une autre image, et la limite avec la musique disparaît. J’ai pensé qu’il était intéressant de comprimer et d’assembler ainsi une pensée et une logique en quelque sorte classiques avec ce qui en est le plus éloigné, à savoir la dynamique de l’image, typique de l’animation et des clips vidéo d’aujourd’hui.

Le fait que le Japon ait été ravagé par un séisme a-t-il influencé de quelque manière la création de THE END ?

Jusqu’à présent, le quotidien était pensé comme une chose sans fin, se poursuivant de jour en jour. Or depuis le 11 mars 2011, nous partageons tous la conscience que ce monde se dirige avec certitude vers sa fin. Ce que la pollution radioactive et les bombes à retardement que sont les centrales nucléaires suscitent en nous, ce n’est pas du désespoir, mais plutôt l’atmosphère pesante que le quotidien aussi touche à sa fi n, et je pense que cette atmosphère envahit complètement le quotidien, à la manière d’un roman de Kafka.

Parallèlement, on peut dire que le quotidien s’est musicalisé. Tout comme la musique, le quotidien touchera un jour à sa fin. Alors que cela est désormais une prémisse établie, je pense que la musique aussi doit changer. Une nouvelle forme musicale sera alors peut-être possible, et le fait que dans cette situation quelque chose de nouveau naisse est sûrement davantage porteur d’espoir que de penser à la musique dans un contexte politique, en se demandant ce que la musique peut faire. Avec le projet THE END, c’est mon concept d’initier une musique de la fin qui a pris forme. La fin, ce n’est ni le désespoir ni l’espoir. Le fait qu’elle initie d’autres sentiments et d’autres phénomènes est porteur d’espoirs nouveaux. Et ce sera là une force nécessaire pour l’être humain.

Que vous inspire la représentation de cet opéra au Théâtre du Châtelet ?

Le Théâtre du Châtelet est un théâtre qui s’engage dans des aventures artistiques, et on y joue de nombreux opéras radicaux. C’est aussi l’endroit où, tout juste après avoir terminé le lycée, j’ai vu Wozzeck d’Alban Berg dirigé par Barenboim et mis en scène par Patrice Chéreau, et où j’ai eu un grand choc.

C’est pourquoi je suis très heureux de cette présentation. Il est plus intéressant de jouer des opéras numériques comme THE END dans des salles d’opéra traditionnelles car le contraste entre les écrans et le théâtre y est prononcé. C’est toujours passionnant de faire des choses nouvelles dans des lieux anciens.

 

Naissance et ontologie de Hatsune  Miku

par Shûsei Sakagami
Né en 1984, Shûsei Sakagami est critique et romancier. Spécialiste de littérature contemporaine japonaise, il analyse également les films d’animation, les mangas, les « visual novels » ( sorte de jeux vidéo qui s’apparentent à des romans interactifs ). Il est réputé pour le regard aigu qu’il porte sur la culture contemporaine japonaise dont il connaît tous les aspects. L’ensemble des textes est tiré d’un article intitulé: « THE END : au croisement de la production et de la fin ».

THE END - Vocaloid opera © Kenshu Shintsubo, courtesy of Yamaguchi Center of Arts and Media [YCAM]

THE END – Vocaloid opera © Kenshu Shintsubo, courtesy of Yamaguchi Center of Arts and Media [YCAM]

Naissance du Hatsune Miku

Dans THE END, la mort n’est qu’une feinte. Cet opéra, qui naît de l’inquiétude qu’éprouve le personnage de Hatsune Miku à l’égard de la mort, emploie celle-ci comme un greffon, avec pour horizon final l’instant où s’entremêlent ce qu’on peut nommer la production et la fin. La présente œuvre est un opéra Vocaloid, et il n’y a aucun doute quant au fait que c’est bien Hatsune Miku qui se tient sur scène.

Toutefois, cette œuvre se distingue clairement des simples tentatives de renouveler superficiellement la mise en scène de l’opéra en ayant recours à des « instruments de musique » en vogue. Cette différence, loin d’être minime, réside dans la particularité de cet être qu’est Hatsune Miku. Il est difficile de lui appliquer l’image véhiculée par le mot « personnage » dans son acception usuelle. Dans la plupart des cas, un personnage est un être fictif produit par un auteur ou une entreprise.

Si Miku a d’abord été mise au monde en tant que simple « instrument de musique », au fur et à mesure que de nombreuses personnes se sont impliquées dans son devenir, elle a fini par être un personnage qui fonctionne comme une forme de vie à part entière, notamment sur Internet.

Elle ne vit pas dans un univers entièrement fictif. En effet, dès lors que nous créons quelque chose en rapport avec elle, son image se modifie en absorbant cette création : face à elle, toute dichotomie fiction / réel se trouve annulée.

Autrement dit, le statut de Miku est particulièrement instable : si elle n’a pas uniquement une existence sémantique, elle n’est pas pour autant dotée de fonctions organiques comme l’homme.

Mais c’est précisément sur ce point que se joue la possibilité même de cet opéra. En envisageant la mort de Miku, un être qui brouille la frontière entre l’humain et le non-humain, entre le vivant et le non-vivant, nous la libérons d’un rôle prédéterminé pour la produire à nouveau, en tant que personnage qui ne se limite pas à un simple objet de consommation. Ceci n’est rien d’autre qu’un défi artistique, qui crée un décalage dans notre compréhension du mot personnage, qui a fait l’objet de nombre de polémiques, et qui a fini par s’infiltrer dans notre vie quotidienne.

En même temps, au terme de réflexions continues sur Hatsune Miku au-delà du cadre de la simple analyse de personnages, ceci constitue aussi une tentative de transformer notre propre fin, nous qui continuons de respirer sur cette Terre en tant qu’êtres vivants.

Ontologie de Hatsune Miku

Tout d’abord, vérifions la manière dont Hatsune Miku fonctionne en tant que personnage, à l’heure actuelle. En tant que marchandise, Hatsune Miku a été commercialisée en août 2007. [ … ] À l’origine, Miku n’était rien d’autre qu’un logiciel de synthèse vocale avec une jeune fille dessinée sur l’emballage, et on n’attendait rien d’elle en tant que personnage mais simplement en tant qu’ « instrument de musique ».

Or, avec le succès concomitant du site de partage de vidéos Nico Nico Doga, de nombreux utilisateurs lui ont fait chanter leurs propres chansons. Ceci a eu pour effet la création d’un nouveau genre musical, le Vocaloid, et la reconnaissance de Miku en tant que personnage à part entière à travers la production de nombreuses illustrations. En ce sens, Hatsune Miku se distingue clairement des personnages que les média ont jusqu’alors présentés unilatéralement aux utilisateurs. Elle est un contenu généré par les utilisateurs, un personnage particulier qui a grandi avec eux. Toutefois, le problème se situe après l’établissement de sa réputation sur Internet en tant que figure ou chanteuse. Désormais sur Nico Nico Doga, une catégorie Vocaloid à part entière existe, et on y organise des fêtes live telles que « Mikupa » autour de Miku, où l’on fait bouger des Vocaloids à l’aide de technologies 3D de haut niveau. [ … ]

Fondamentalement, il est clair qu’à ses débuts, Nico Nico Doga était empreint d’un esprit de tolérance à l’égard des sujets comiques, bien davantage qu’aujourd’hui. Dans ce contexte, de nombreuses images déformées de Miku, différentes de celle dessinée sur les emballages, sont apparues. [ … ]

Ainsi on a progressivement attribué à Miku le rôle d’une belle jeune fille qui chante bien. Ses chansons ont même fini par figurer en haut des classements des succès de karaoké, mais le nombre de lectures de vidéos à caractère comique a en revanche baissé. Pour résumer : le nom propre de Hatsune Miku est apparu en tant que simple logiciel de synthèse vocale. A travers l’addition d’informations par les utilisateurs, elle s’est constituée en tant que personnage. Or, parce qu’elle a connu une célébrité excessive, elle a perdu son ouverture multidirectionnelle sur cet espace libre qu’est Internet, pour ne garder que sa fonction forte mais unidirectionnelle de chanteuse.

Ceci relève du processus de raffinement  de Miku en tant que produit commercial, et nous ne pouvons le critiquer de manière unilatérale. Toutefois, cela signifie aussi qu’à la place d’avoir laissé aux utilisateurs le soin d’élever ce bébé qu’était Hatsune Miku, on a opéré sur elle un « dressage » avec en en ligne de mire un rôle prédéterminé. Bien sûr, Miku est un « instrument de musique », et dès le départ l’acte d’accorder sa voix était nommé « dressage ».Mais, ironie de l’histoire, alors qu’apparaissait une morale jugeant outrageux d’employer le terme « dressage » à l’égard d’une Miku acquérant une pseudo-identité humaine, on a potentiellement créé un cadre dans lequel, sans employer le mot, un maître dresse son esclave.

THE END est précisément un opéra qui amène à reconsidérer notre morale à l’égard de ce type de personnage.

 

L’humain et la « mascotte »

par Shûsei Sakagami

THE END - Vocaloid opera © ill, dir. by YKBX © Crypton Future Media, INC. www.piapro.net © Louis Vuitton

THE END – Vocaloid opera © ill, dir. by YKBX © Crypton Future Media, INC. www.piapro.net © Louis Vuitton

Dans THE END, trois types d’acteurs apparaissent sur scène : un être qui, tout en évoquant Kitty ou les personnages de Disney, ne livre aucune impression « kawaii ( mignonne ) » ( nommons-le ici « mascotte » ), Keiichirô Shibuya en tant qu’être vivant en chair et en os, et enfin Hatsune Miku, un personnage intermédiaire qui se situe entre les deux précédents.

Au sens large, la « mascotte » tout comme Hatsune Miku entrent dans la catégorie des personnages. Toutefois, Miku est un contenu généré par les utilisateurs, et pour autant que les utilisateurs y voient une personnalité humaine, on ne peut pas mettre ces deux entités sur le même plan. Autrement dit, alors que la « mascotte » est un être réductible à des signes, la seconde est chargée d’un surplus ( tels que l’amour porté au personnage, ou encore les attentes envers un comportement qui a l’air humain ), qui dépasse la simple accumulation de signes. [ … ]

La présente oeuvre comporte de nombreuses scènes de conversation entre Miku et la « mascotte ». Cette dernière y assure le rôle d’interrogateur vis-àvis de Miku. Si elle ne se défait jamais de son ton calme, chacune de ses répliques dégage une atmosphère inquiétante. De ce fait, Miku est effrayée par le fait que les personnages, tout comme les êtres humains, peuvent mourir, et finit par ressentir les signes qui la constituent comme sinistres. [ … ]

Miku est capable de parler et de chanter à une vitesse impossible pour l’homme, et sa langue ne fourche jamais. Armée de ces capacités, elle semble se mouvoir librement sur scène, malgré son air déconcerté. Mais de fait, à moins de se voir intimer des ordres de la part des êtres humains, elle ne peut engager aucune action par elle-même. C’est parce que Keiichirô Shibuya en tant que dominateur métafictionnel, a écrit cette oeuvre, qu’elle peut briller en tant qu’héroïne. En ce sens, les êtres humains et les personnages dans THE END entretiennent un rapport de maître à esclave. [ … ]

L’être humain est dans une position avantageusement écrasante vis-à-vis des personnages. Hatsune Miku n’a d’autre art que celui de se soumettre au programme qui a été établi, alors que l’être humain a le choix d’intimer ou non un ordre, et il sait de surcroît que son ordre ne se verra opposer absolument aucune résistance.

Bref, Hatsune Miku est un être qui a constamment besoin de l’assistance de l’être humain. Tout en étant un « instrument », elle est certes reconnue comme étant un personnage, mais dans tous les cas, elle perd sa raison d’être si elle n’est pas nourrie de musique ou soutenue par des illustrations.

 

La production de Hatsune Miku

Par Shûsei Sakagami

THE END - Vocaloid opera © ill, dir. by YKBX © Crypton Future Media, INC. www.piapro.net © Louis Vuitton

THE END – Vocaloid opera © ill, dir. by YKBX © Crypton Future Media, INC. www.piapro.net © Louis Vuitton

[ … ] Alors que les deux tiers de la pièce se sont écoulés, l’être humain quitte la scène. Cela constitue pour Miku à la fois le moment où elle gagne sa liberté en tant que personnage, mais aussi celui où elle est abandonnée par son dominateur. Apparaît alors le sujet principal de la seconde moitié de l’opéra : quelle signification peut-on tirer de l’existence de Miku dès lors qu’elle a perdu l’être humain ? Miku réfléchit continuellement à la mort. Il ne lui arrivera pas de mourir au sens biologique du terme. Dans la présente oeuvre, il est plusieurs fois fait mention de l’odeur. L’ être humain a toujours une odeur, a fortiori au moment de sa mort. Or si Miku en est incapable, comment va-t- on certifier qu’elle est bien morte ? Elle pressent que la mort va s’abattre sur elle, mais elle ne peut tout simplement pas s’imaginer sous quelle forme cela va lui arriver.

Après que l’être humain a quitté la scène, Miku va tenter de se persuader qu’elle est un être humain, à travers sa conversation avec la « mascotte ». Elle pense que si elle parvient à mourir, sous quelque forme que ce soit, alors elle est finalement semblable aux êtres humains.

Or la « mascotte » la dément, et lui propose de se joindre à elle une nouvelle fois, ramenant à nouveau Miku au statut de « mascotte » réductible à des signes. Avant que Miku ne puisse opposer une quelconque résistance, elle est immédiatement avalée par la « mascotte », et, ayant fusionné avec un dragon pour former un nouvel être vivant, elle s’envole dans le ciel.

Miku prend alors conscience du fait que la perfection et l’imperfection sont constitutives de son être. Sa perfection n’est rien d’autre que celle d’un objet artificiel. Comme nous l’avons déjà mentionné, il ne lui arrive jamais de commettre d’erreur vis-à-vis de l’information qui lui a été transmise. Si on lui dit « chante ainsi », elle le fera avec une hauteur et un volume toujours constants et un échec sera forcément dû à une erreur technique du côté humain. La responsabilité ne peut en être imputée à Miku. Qu’en est-il alors de son imperfection ? Dans l’opéra, Miku découvre son imperfection dans le fait qu’elle est confrontée à la mort, comme les êtres humains. Toutefois, la situation est un peu plus complexe.

Miku a été jusqu’alors soutenue par de nombreux utilisateurs et fans, et c’est en conséquence de cela qu’on lui a attribué le droit de se tenir sur scène dans THE END. Autrement dit, c’est justement parce que les êtres humains l’ont inlassablement nourrie de données qu’elle a survécu. En ce sens, à partir du moment où elle fusionne avec la « mascotte » pour se transformer en une bête divine, tout questionnement autour de sa mort se trouve annulé. Si l’on privilégie la perfection de son être, elle peut continuer d’exister en tant que pur « instrument » dénué de personnalité.

Mais, dès lors que Miku s’est constituée en tant que personnage, elle a intégré en elle une imperfection ; tout en espérant que les êtres humains lui attribueront quelque chose, elle doit survivre avec une personnalité instable. Une fois affirmée cette instabilité, il n’est pas impossible qu’elle se meuve librement en tant qu’être vivant d’un nouveau genre, ayant dépassé l’homme. Sa transformation en bête divine doit donc être
interprétée ainsi, positivement. Si nous avons commencé par qualifier THE END d’opéra de la production, c’est précisément en ce sens. Dans le prolongement de sa mort en tant que faux, la possibilité
d’une transcendance ( c’est-à-dire d’une existence en tant que bête divine ), ouverte par son imperfection même, fait de Miku une entité qu’on ne peut réduire à un objet de consommation. Cela coïncide
avec le moment où la signification du mot « personnage » se trouve renouvelée, et c’est là un rite pour ressaisir la nature fondamentale de Hatsune Miku, alors que son existence nous est devenue
excessivement familière. Il est alors même possible de considérer ce spectacle comme une nouvelle production de Miku. Alors que l’opéra atteint son point culminant, Miku fait face à plusieurs yeux géants. Il s’agit sans doute là d’une métaphore du fait que nous autres spectateurs sommes témoins de la production de Miku.

 

 

Vers le monde de la fin – requiem pour les morts

par Shûsei Sakagami

THE END - Vocaloid opera © ill, dir. by YKBX © Crypton Future Media, INC. www.piapro.net © Louis Vuitton

THE END – Vocaloid opera © ill, dir. by YKBX © Crypton Future Media, INC. www.piapro.net © Louis Vuitton

 

Après ces considérations sur la mort et la production, nous pouvons enfin réfléchir à la signification que prend la fin dans THE END. Je voudrais cependant apporter auparavant quelques compléments sur la mort de Hatsune Miku. À proprement parler, elle n’est pas complètement étrangère à la mort : on peut même dire que durant la représentation, elle meurt à plusieurs reprises. En conversant avec la « mascotte », elle admet que son être est insignifiant si on ne lui attribue pas quelque chose, et raconte que dans les périodes où on ne lui fournit rien, elle est « brièvement morte ». Par conséquent, elle vit dans une répétition constante : elle agit en recevant des ordres de la part des êtres humains et meurt à l’instant même où elle les accomplit, pour renaître avec les nouveaux ordres qui lui sont intimés. Ce qui importe réellement ici, est ceci : dans THE END, la fin ne se répète pas, car on est dans l’attente d’une morale selon laquelle chaque fin est reconnue individuellement en tant que telle. Ceci est le mieux exprimé dans la dactylographie de la scène finale. Alors que l’on entend le bruit du clavier sur lequel on tape, un message s’affiche provisoirement sur scène « La fin se répè… » avant d’être corrigé en : « Combien de fins y a-t-il ? ». Quand on prend en compte le fait que cet opéra a été conçu avec à l’esprit le grand séisme qui a frappé l’est du Japon, la correction apportée au message nous touche avec une gravité accrue. Les cataclysmes et les guerres sont des événements répétés dans l’histoire de l’humanité. C’est pourquoi, par moments, nous sommes incapables d’avoir un vif ressenti de certains événements pris individuellement. [ … ]

Or il me semble qu’avec la généralisation d’Internet ( et notamment des réseaux sociaux ), la mort humaine finit par s’écouler d’une manière excessivement rapide, et par trop légère. Bref, la mort est simplement traitée comme un problème verbal. Si l’on observe la timeline de Twitter, tous les jours des informations relatives à la mort de personnes célèbres sont diffusées le plus naturellement du monde, et en réaction à cela une masse de messages éhontés de condoléances sont écrits. Quel comportement déplorable que de prier pour le repos des gens à travers de simples murmures numériques, au moyen des réseaux sociaux. Actuellement, nous sommes par trop en contact avec une mort massive, et au rabais. C’est pourquoi la mort et la fin doivent d’autant mieux être distinguées. En principe, la mort n’est pas quelque chose d’instantané. Après la mort de quelqu’un, on organise des funérailles, on pleure le défunt, et c’est seulement après le travail du deuil qui permet de se remettre de la confrontation avec la douleur et la tristesse, que la mort touche à sa fin. Or, dès lors qu’on devient insensible à la mort, celle-ci ne parvient jamais à sa fin, et les morts se trouvent éternellement lotis dans une mort en progression. Ce qui nous est maintenant indispensable, c’est un état d’esprit à même de reconnaître l’individualité cachée derrière la mort des mots ( c’est-à-dire des personnages ), et de guider cela vers sa fin. Au début de ce texte, l’auteur a affirmé que THE END pose pour horizon l’entrecroisement de la production et de la fin. Autrement dit, en célébrant la fin vécue par le personnage qu’est Hatsune Miku, on exprime le voeu d’un monde dans lequel on produit instantanément chaque mort, pour pouvoir les enterrer correctement. Évidemment, à la différence des personnages, les êtres humains ne peuvent pas faire l’expérience de la mort plusieurs fois.

Toutefois, si l’on fait l’effort d’imaginer la situation de « mourir brièvement » dans laquelle se trouve Miku et qui est source pour elle d’une douleur considérable, on peut essayer de faire partager cette sensation aux êtres humains.

Dès lors, il y a une nécessité écrasante à ce que l’oeuvre THE END qui traite précisément de la fin, prenne la forme d’un opéra Vocaloid. Dans son roman Radio imaginaire qui a pour thème le grand séisme qui a frappé l’est du Japon, l’écrivain Seikô Itô écrit :
« Au moment du bombardement de Tokyo dont parlait Chûta Kimura, tout comme au moment du bombardement atomique de Hiroshima dont parlait Gamé, comme à Nagasaki, comme pour les autres nombreuses catastrophes, n’avons-nous pas continué à avancer en donnant la main aux morts ? Mais alors, depuis quand notre pays est-il devenu incapable d’étreindre les morts ? Etpourquoi cela ? »
« Pourquoi ? »
« Je pense qu’on n’écoute plus leur voix. »
( Radio imaginaire, p. 132 de l’édition japonaise )

Nous sommes incapables de saisir directement la voix des morts, les vibrations de l ’air. Dans Radio imaginaire, en faisant intervenir un élément irréel sous la forme d’une radio qui relie les vivants aux morts, l’auteur a choisi une forme de représentation particulière, pour faire de l’oeuvre tout entière une excellente fable. Or ce qui est réellement important ici, ce n’est pas la question de savoir si la cause est à rechercher dans cette « voix », mais plutôt s’il est possible de faire résonner une mélodie pour le repos des âmes dans un monde inondé d’une mort réduite à son expression verbale. C’est pourquoi il est particulièrement significatif que le Vocaloid ait été adopté dans THE END. Hatsune Miku est incapable d’émettre des paroles stricto sensu. Dans la mesure où elle est fondamentalement en possession d’une fonction instrumentale, ses paroles sont par principe des sons électroniques.

C’est par la fusion de ces paroles avec la musique composée par Keiichirô Shibuya que l’opéra parvient à jouer simultanément la production et la mort.

En faisant disparaître l’être humain de la scène, on tente paradoxalement d’orienter notre conscience vers l’être humain lui-même. L’ aboutissement artistique de THE END est chargé d’un processus extrêmement complexe, mais la prière qui y est contenue est pleine d’un amour à la portée de chacun.

 

Biographies

Biographies réalisées par Richard Martet

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THE END – Vocaloid opera © ill, dir. by YKBX © Crypton Future Media, INC. www.piapro.net © Louis Vuitton

Hatsune Miku :

Hatsune Miku ( « premier son du futur » en japonais ) est une vocaloid ( « banque de voix » d’apparence humaine ), créée en 2007 par Crypton Future Media, à Sapporo. Avec sa couleur distinctive elle a été d’emblée un énorme succès commercial. Surnommée la « Net-Age Diva », elle est présente dans quelque 36 000 vidéos circulant sur le net et elle est le personnage principal du jeu vidéo Hatsune Miku : Project DIVA. En 2011, elle donne son premier concert aux États-Unis, au Nokia Theater de Los Angeles, puis, en 2012, le Tokyo Dome City Hall a accueilli le « Miku Day Celebration Concert », retransmis en direct à travers le Japon, ainsi qu’à Hong Kong, Taiwan et Shanghai. Pour ce spectacle, Hatsune Miku est habillée par Louis Vuitton.

 

Keiichiro Shibuya : musique / conception et mise en scène

Né en 1973 et formé à l’Université des Arts de Tokyo, Keiichiro Shibuya fonde, en 2002, le label ATAK, spécialisé en musique électronique, ( qui produit également de la musique acoustique au Japon et à l’étranger ), dont l’album ATAK000 en 2004 est salué par la critique.

En 2005, il créé une installation sonore et un concert de « Third Term Music » à l’InterCommunication Center aux côtés du spécialiste des systèmes complexes à l’Université de Tokyo, Takashi Ikegami.

Keiichiro Shibuya fait de nouveau appel à ce dernier l’année suivante : c’est au Yamaguchi Center for Arts and Media ( YCAM ) qu’ils créent Filmachine, une installation sonore en 3D basée sur la recherche de systèmes complexes et faisant appel à des automates cellulaires et des cartes de logistique pour la synthèse sonore. Par la suite, Filmachine est montrée à la Transmediale ( Berlin ), au Festival Via ( Mons ) et au festival EXIT ( Maison des arts de Créteil ). Suite à cette expérience, il publie en 2007 l’album ATAK010 filmachine phonics, un CD au son tridimensionnel, écoutable uniquement par casque.

En 2009, il réalise une tournée internationale de concerts, ATAK NIGHT4, avec des artistes comme Ryôji Ikeda de Dumb Type, Pan sonic ( Mika Vainio, Ilpo Väisänen ) et l’artiste légendaire ayant participé au mouvement « Fluxus » à New York, Yasunao Tone. La même année, il sort son premier album de piano solo : ATAK015 for maria. En 2010 il publie Our Music Sotaisei Riron + Shibuya Keiichiro ( l’album est classé numéro 1 sur iTunes music store au Japon ) et signe des musiques pour la télévision ( Spec sur TBS ) et le cinéma ( Shinanai kodomo Arakawa Shusaku, Seiji oka no sakana, Hajimari no kioku Sugimoto Hiroshi… ).

En 2012, il fait appel à des instrumentistes et des performeurs pour présenter One( X ) à l’Aichi Arts Center, un concert hommage à John Cage, à l’occasion du 100e anniversaire du compositeur, puis annonce son nouveau single ( Sacrifice feat. Risa Ota ) et participe à de nombreux projets faisant appel à des installations sonores de grande envergure. Avec le philosophe et romancier Azuma Hiroki, il publie Initiation Shibuya Keiichiro + Azuma Hiroki feat. Hatsune Miku. Il présente THE END au Yamaguchi Center for Arts and Media fin 2012, et au Bunkamura Orchard Hall à Tokyo en mai 2013.

 

YKBX : mise en scène / vidéo

Formé au département « cinéma » de l’Université des Arts d’Osaka, YKBX complète sa formation aux États-Unis, avant de revenir au Japon. Il commence alors à travailler pour la firme Nintendo.

Après le lancement de plusieurs consoles et jeux vidéo, il devient directeur image et directeur artistique, deux de ses créations raflant plusieurs prix aux prestigieux « BAFTA Awards », décernés chaque année par la British Academy of Film and Television Arts ( dont ceux du « meilleur jeu vidéo » et du « meilleur jeu vidéo japonais » ).

Pour THE END, il a retravaillé la silhouette et le dessin de Hatsune Miku, en lui ajoutant des détails renvoyant à l’univers des cyborgs.

 

Shohei Shigematsu : scénographie

Né en 1973, Shohei Shigematsu étudie l’architecture à l’Université de Kyushu, à Fukuoka, puis complète sa formation au Berlage Institute d’Amsterdam. En 1998, il rejoint l’OMA ( Office for Metropolitan Achitecture), dont il devient directeur du bureau new-yorkais en 2006, puis associé en 2008.

Travaillant dans l’univers de la mode ( Waist Down : Prada Skirt Exhibition Design à Tokyo, Shanghai, New York et Los Angeles ), de la culture ( le projet d’agrandissement du Musée national des Beaux-Arts de Québec, le Pavillon aux sept écrans imaginé en 2012 pour le Festival de Cannes et inauguré avec une projection de Cruel Summer, le premier court-métrage de Kanye West ) et du design urbain ( le Centre communautaire Obod Cetinje de Marina Abramovic, au Monténégro ), il participe, avec l’OMA, à des réalisations aussi spectaculaires que la nouvelle Tour de radio-télévision de Pékin ( CCTV Headquarters ).

 

evala : sound design

Artiste sonore et membre d’ATAK, evala a, dès son premier album ( initial, 2006 ), imposé un son très personnel, qui compte parmi les plus appréciés aujourd’hui. Au Japon comme dans le reste du monde, il produit une grande quantité de musique électronique, aussi bien sur support CD ( acoustic bend, 2010 ) que pour des installations dans des musées ( void inflection pour le Yamaguchi Center for Arts and Media, 2011 ), des pièces de théâtre, des films et des clips publicitaires.

 

Pinocchio P :  programme vocaloid

Depuis ses débuts, en 2009, avec sa contribution à Hanauta, Pinocchio P a posté de nombreuses compositions originales, tout en menant des collaborations avec d’autres disciplines. Ses vocaloids sont Hatsune Miku et Kagamine Rin. En 2012, il sort son premier album chez un label prestigieux : Obscure Questions.

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Info Pratique :

 

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THE END – Vocaloid opera – à l’image: Miku Hatsune © ill. by YKBX (c) Crypton Future Media, INC. www.piapro.net (c) Louis Vuitton

THE END – Vocaloid opera © Kenshu Shintsubo, courtesy of Yamaguchi Center of Arts and Media [YCAM]

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